Quelquefois, à la fin de nos réunions, après avoir dégusté un bon repas (…), Babé ou Jean-Pierre nous lisent des récits, des nouvelles, des mémoires rédigés par Jean-Pierre.

Puisque je vous en ai parlé dans mon précédent article, je vous confie ici une nouvelle sur la minette…

« Je m’appelle  Pomponette . Je suis une minette gentille d’habitude. Je ne raconte pas ma vie généralement,  mais aujourd’hui je veux bien vous faire quelques confidences.

Tout d’abord, sachez que je suis une chatte républicaine avec mes trois couleurs qui représentent le drapeau français. Vous allez me faire observer que je n’ai pas de bleu… Regardez bien de près : ce qui vous paraît noir, n’est en réalité que du bleu foncé ! Comme un ciel d’orage.

J’ai un caractère un peu indépendant, mais ça aussi c’est français ! Je suis une vieille fille, je n’ai pas de Pompon, comme la minette du Boulanger. Ne me demandez pas pourquoi je suis restée célibataire… c’est un accident dû à une mauvaise rencontre.

Je n’aime pas qu’on m’oblige à faire ceci ou cela en voulant me faire croire que c’est mieux ainsi. Non ! Je fais ce que je veux quand je veux…  Ceci étant établi, je dois avouer que je ne suis pas trop mal tombée ; j’ai un patron un peu emmerdant avec ses caresses et ses bisous de chat, mais toute médaille a son revers : pas de femme pour râler après mes poils sur les chaises,  sur « mon domaine », pas d’enfants pour me tirer par la queue. Il a une brosse à chat ! Quand je lui fais un bisou et qu’il veut bien me lisser le poil avec, quel plaisir ! J’en frissonne à l’avance…

J’ai presque toutes les permissions : je sors, je rentre quand je veux.

Enfin en conclusion, j’aurais tord de me plaindre, nous vivons tous les deux en bonne intelligence.

Quelquefois il vient du monde, je n’aime pas beaucoup. Ça me dérange de mes habitudes. Ils prennent toutes mes chaises, ils font du bruit et cela fait partir toutes mes souris ! Alors il me faut faire un gros effort pour ne pas me fâcher sérieusement…

Comme vous pouvez le voir sur la photo, je me débrouille pour trouver un peu de paix au milieu de tout ce bruit…

Enfin, en temps ordinaire, nous ne sommes que tous les deux et nous avons une grande maison, mon domaine à moi réservé : pas de chien, pas d’autres chats… toutes les souris sont à moi, rien qu’à moi !!

Il y a quelques mois en arrière, je me suis fait du souci : il n’y avait plus rien, mais vraiment plus rien à se mettre sous la dent. Il semblerait que ces jours-ci il y ait un peu plus de gibier. Mais ne chantons pas victoire, est-ce que cela va durer ? Ce qui me permet d’espérer, c’est que j’ai deux réserves, je pense, bien garnies. C’est la maison d’à côté qui n’est pas habitée depuis plusieurs années. Les souris sont nombreuses, leur territoire étant surpeuplé, elles émigrent chez nous ! Dans ces vieilles murailles, il y a toujours un trou pour passer ! Et puis, au fond du couloir, il y a un endroit qui s’appelle « la cavette ». Là aussi, on peut arriver à gagner sa vie… mais il y a tellement de choses, des bouteilles, des boites en tous genres : on joue à armes égales, si on peut dire.

Tandis que dans la cuisine, je suis gagnante 9 sur 10 ! Cela permet de varier un peu le menu « Friskies », « Ronron », « Félix »… c’est lassant à la fin !

L’autre soir, j’ai cru que mon maître était devenu fada… Il croyait que toutes les souris étaient devenues des ogres et que si je ne les mangeais pas, elles redeviendraient des ogres et qu’elles le mangeraient lui… je crois qu’il s’était endormi en lisant un livre, les contes de Pierrot, ou peut-être de Perrault, je ne sais pas bien. Je préfère ça, mais à son âge, ça pourrait arriver, il pourrait devenir fada d’un coup ! Sans doute que la tante qui habite en haut me prendrait chez elle, mais est-ce qu’elle me laisserait coucher dans son lit ? Je n’en suis pas sûre… Il faut toujours avoir du souci, qu’on soit un homme ou un chat… mais il ne faut pas s’en faire à l’avance. Aujourd’hui est aujourd’hui, on verra bien demain !! »

Il en a écrit d’autres, dont notamment celle où il fait parler ses meubles… meuh non ! il ne fait pas tourner ses tables notre gentil Président d’honneur ! Non, il les fait vivre, parler, se disputer ! Ah… si vous êtes sages, je vous la confierai une prochaine fois !

Le soir de notre fameuse réunion du 6 Décembre (hum ! sacrée courge !!), Jean-Pierre nous a désigné une petite table située dans l’entrée de sa maison. Et il nous explique, que c’est sur cette table, qu’il transporte à côté de sa cheminée, qu’il écrit, sa minette à côté de lui.

J’aime à l’imaginer, la tête penchée, écrire tous ses souvenirs, faire gentiment ressurgir le petit enfant que nous sommes tous au fond de nous. Un grand merci à lui qui nous distrait, nous instruit, nous amuse à travers sa malicieuse écriture.

Mariejo Goulard

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