On le connait fermier, poète, collectionneur, écrivain, conteur et j’en passe ! Il y a aussi Jean-Pierre le fervent défenseur et gardien des traditions ancestrales… Quand je vous dis que cet homme a plus de facettes que les diamants de la Castafiore !!

Figurez-vous que chaque année, pour la Noël, comme l’ont fait son père, son grand-père, son arrière grand-père, son arrière arrière grand-père…, il perpétue une tradition : la bûche calendale. Oh ! Pôvre ! Qu’es aquò la bûche calendale ? Jean-Pierre, lui, il dit « le calendal ». En Provence, on l’appelle « Lou Cacho Fio ».

Je sais que vous êtes nombreuses et nombreux à connaître les « Calendales », mais tout de même, certains l’ignorent ! Aussi, j’explique : les Calendales », dans le Midi de la France, sont une succession de fêtes, rituels et coutumes qui se déroulent du 4 décembre (jour de la Ste Barbe)  au 2 février (jour de la Chandeleur). La « clé de voûte » de ces fêtes étant bien sûr : la Noël. Il y a le blé de la Sainte Barbe, le Cacho Fio, le gros souper, les 13 desserts, la messe de minuit, les rois, la chandeleur etc, etc.

Je reviens sur le sujet de mon article : le Calendal, ou Cacho Fio… parce que mes zamis, j’en ai bien de la chance !… Ecoutez ça : un soir, j’étais chez Jean-Pierre. Nous étions assis devant la cheminée où un bon feu de bois crépitait, nous réchauffant et nous offrant un spectacle « son et lumière » dont nous n’étions pas seuls à profiter… la minette de Jean-Pierre, assise sur ses genoux, avait les yeux rivés sur la danse sans fin des flammes gracieuses et malicieuses.

Jean-Pierre commence à me raconter « son » calendal. Oui, parce qu’il faut vous dire, le « Cacho Fio » connaît bien des variantes, suivant le village, la famille, la croyance, et tout et tout. Bref, ici, c’est l’histoire de Jean-Pierre qui commence… pour les variantes, interrogez vos connaissances, vous verrez, il y en aura toujours un ou une qui en rajoutera… ou pas !

D’abord, ce Calendal (la bûche de Noël), ne s’effectue pas avec n’importe quel bois. Non ! Il est important de choisir un arbre fruitier, et SURTOUT, il faut qu’il ait porté des fruits dans l’année. Cette année il a choisi un cerisier qu’il a tronçonné au mois d’août à « la lune vieille » et laissé sur place, dans le verger derrière la cour afin qu’il sèche.

Nous sommes au matin du 24 décembre… Trois jeunes hommes (un de Lavol et deux de Boucoiran) arrivent à la ferme de Jean-Pierre. D’abord, on passe aux choses sérieuses : on s’assoit, on dévore charcuteries, fromages et fruits, on boit du bon vin rouge (ben oui, c’est 10h, tout de même !), et puis, il faut bien prendre des forces pour porter le gros tronc d’arbre !

Les voilà tous partis au verger pour aller le récupérer.

De retour à la salle à manger, le tronc est respectueusement déposé dans l’âtre de la grande cheminée. Il est installé de sorte qu’un des bouts soit au centre de l’âtre ; une grande partie se trouve donc à l’extérieur.

Jean-Pierre l’arrose avec de la Cartagène… en prononçant ces mots : « E se noun sian pas mai, que noun fuguen pas mens ». Ce qui signifie : « Et si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins ».

Ensuite, il sort une boite de l’armoire à côté de la cheminée,  et en retire les charbons de bois qu’il a récupérés dans les cendres du tronc brûlé à Noël dernier !

Attention, c’est là que va débuter la symbolique du « Calendal »…

Il reste quelques bonnes braises de la veille. Avec l’une de ces braises, il « ranime » les charbons du Calendal de l’an passé. De jolies petites flammes apparaissent que Jean-Pierre approche de l’extrémité du tronc… qui prend feu à son tour tout doucement…

La boucle est bouclée : l’ancien a redonné vie au nouveau…

Ce symbole, comme tous ceux qui émaillent ces fêtes calendales, est riche de sagesse, d’enseignement et surtout porteur d’espoir…

Ce tronc va brûler continuellement, petit à petit, afin qu’il « puisse voir le premier jour de l’an nouveau » ! Pour cela, Jean-Pierre devra pousser tous les jours le tronc au fur et à mesure de sa combustion.

Ensuite, lorsque le feu sera éteint, il recueillera quelques morceaux de charbon, les mettra dans la boite qu’il rangera dans l’armoire, à côté de la cheminée. C’est un bien fort précieux qui va attendre patiemment les prochaines fêtes calendales !

Les cendres quant à elles, sont en principe récupérées pour être déposées les jours d’orage devant la porte d’entrée pour protéger la maison de la foudre… mais Jean-Pierre ne le fait pas. D’autres les mettent dans l’étable pour protéger les bêtes, autrefois, on les mélangeait aux remèdes…

Jean-Pierre s’arrête de parler et nous regardons tous deux, heu…tous les trois, le feu qui continue gaiement à crépiter. Nous restons là, chacun plongé dans nos pensées, hypnotisés par les flammes qui dansent une joyeuse farandole réunissant avec fougue le passé, le présent et l’avenir…

 

Mariejo Goulard

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