Vendredi 30 mars 2012, nous nous sommes à nouveau réunis pour peaufiner l’organisation de nos prochaines manifestations estivales.

Nous avons tout d’abord dévoré le goûter que notre présidente nous avait judicieusement préparé pour nourrir nos cellules grises… ??  cf l’article précédent… !

Ce goûter fut agrémenté d’une fougasse d’Aigues-Mortes apportée par notre amie et membre, Bernadette.

Après cet intermède sucré, c’est sûr, les idées allaient fuser.

Nous avons entre autres, travaillé sur notre fête champêtre. Cette année, lors de l’apéritif,  nous vous réservons une surprise !

Je vous imagine déjà : un verre de rosé bien frais à la main, dévorant une saucisse grillée, installés avec vos amis, votre famille, assis autour de nos tables disposées dans la cour de la ferme, à l’ombre fraîche de nos vénérables amis centenaires…. Bande de veinards, va !

A la fin de notre réunion, Jean-Pierre s’est levé et est allé chercher dans ses dossiers une nouvelle intitulée « Mademoiselle ».

Mademoiselle que notre intelligentsia  gouvernementale désire exclure,  renier, bannir, chasser,  de son vocabulaire administratif. Comment ? Ce titre délicat, cette marque de politesse, ce doux stratagème prompt pour séduire, réduit à néant ? C’était sans compter sur la malice et l’humour de notre ami !

Il nous en a fait la lecture… Je vous promets de vous la publier dans un prochain article.

Lorsqu’il eut fini de lire sa délicieuse prose, notre ami poéticfarmer m’a confié une nouvelle que je vous livre à présent.

Serez-vous comme moi ému (e, s, es…), attendri et touché par la délicatesse de son écrit qui raconte une histoire simple et pourtant chargée de poésie, de symboles, d’humour et d’émotions ? Je n’en doute pas.

Cette nouvelle, c’est tout Jean-Pierre…

LA PIERRE QUI ROULE

 

« Pierre qui roule n’amasse pas mousse, dit-on… Et pourtant, si elle ne ramasse pas de mousse, combien de souvenirs, combien d’histoires elle peut nous raconter, si nous voulions bien l’écouter !

 

Hier, en promenant, j’ai vu une pierre qui semblait me sourire. Comme il faut toujours répondre à un sourire, je lui ai parlé.

 

« Pierre, toi qui est une grande voyageuse, tu as dû voir beaucoup de choses au cours de ta longue vie. Veux-tu me raconter quelques unes de tes aventures ? »

 

« Oui, je veux bien, puisque tu as répondu à mon sourire…

Je descends de la colline où je suis née le jour de la création du monde. Puis la pluie, les orages ont enlevé la terre qui me retenait prisonnière. Depuis, j’avance, je roule, je glisse sans jamais m’arrêter, un peu comme le juif errant. Je suis condamnée à marcher. Je ne m’attache nulle part. Je ne suis à personne. Oui j’ai connu beaucoup de monde !

 

Vous dites « dans la colline il n’y a rien à voir ». Vous ne savez pas regarder, mais moi au ras de la terre, j’entends et je vois ce qui s’y passe…

Cette nuit, un ver luisant est venu se poser sur moi. Avec son brillant, il me laissait croire que j’étais une étoile. Puis le jour est venu, il s’est enfui à l’abri sous moi… il a été remplacé par un joli papillon qui s’est enfui quand le lièvre est venu marquer son territoire, sa propriété en somme !

 

L’année dernière, un peu plus haut, j’ai abrité une colonne de fourmis. Il y avait du monde, croyez-moi ! Et puis des travailleuses, économes, propres, toutes les qualités pour des locataires. Elles n’ont pas eu de chance, il est venu un fourmilier, échappé de quelque cage, qui les a toutes mangées, hommes, femmes, enfants et même les provisions ! Quel appétit ! Mais, pendant qu’il était occupé à exterminer ces pauvres fourmis, il est passé un renard qui lui aussi avait un petit creux… Il a profité de son inattention pour en faire son déjeuner !

 

Ils ne faisaient rien que se nourrir pour survivre, mais comme aurait dit Arpagon « Il faut manger pour vivre ». Mais quand même si ce fourmilier avait été un peu moins gourmand, il aurait peut-être vu le renard et il lui aurait échappé. C’était sans doute son destin, on n’y peut rien…

 

Hier, c’est un serpent qui est venu se réchauffer au soleil. Il semblait dormir. Puis il est passé cet imprudent petit mulot qui était à la recherche de son déjeuner… mais c’est lui le petit mulot qui a servi de déjeuner au serpent ! Il l’a fait venir jusqu’à lui et il l’a mangé bien sûr !

 

Vous dites « il n’y a rien à voir », mais si je vous dis que vous ne savez pas regarder ! Si vous saviez combien de belles fesses j’ai vu se reposer sur moi, que j’ai pu tenir entre mes bras, si je peux m’exprimer ainsi !! Vous en seriez vert de jalousie ! Ce n’est pas croyable la vue que l’on a d’en bas en regardant vers le haut ! Et c’est vrai pourtant, je n’exagère pas !

 

Que me réserve l’avenir ? Je l’ignore. Je continue ma route vers le Gardon, c’est le bout de mon voyage. Combien de siècles me faudra-t-il pour y arriver ? Le temps m’importe peu. Est-ce qu’en route je ne rencontrerai pas un maçon qui me clouera dans un mur avec du béton et je serai prisonnière pendant de longues années. Qu’importe les années, les siècles qu’il faudra, mon destin est d’être un petit galet, et je serai un petit galet quoi qu’il arrive.

 

Je protègerai les poissons de mon mieux des pêcheurs en eau douce, en cassant le fil au bout duquel est accroché un perfide hameçon. Je suis un peu révoltée quand j’entends dire que ce sont des pacifistes pas méchants. Pourtant, traîner un poisson hors de son élément, le laisser mourir par manque d’air, lui faire avaler un crochet avec un leurre au bout… Ha ! Vraiment, ils sont beaux ces pacifistes ! 

 

Je pourrai te raconter encore beaucoup d’histoires, si on se rencontre à nouveau. D’ailleurs, toi, tu n’es pas sur cette terre pour bien longtemps. Tu vas disparaître dans peu de temps. Mais je te rassure, dans certains pays, ils pensent que les hommes et les femmes ne meurent pas définitivement et qu’ils reviennent vivre sur cette terre sous la forme d’un animal.

 

Toi, sans aucun doute, du reviendras sous la forme d’un petit poisson et je suis sûre que nous nous rencontrerons à nouveau dans la rivière, toi petit poisson et moi petit galet. Alors, qu’importe le temps ? Ce jour-là, je te raconterai encore des histoires, mais pour aujourd’hui il faut que je marche, que j’avance vers le Gardon. Alors, sois gentil, aide moi, fais moi faire un peu plus de chemin que je dois parcourir pour atteindre mon but. »

 

Je l’ai prise et je l’ai jetée un peu plus loin. Elle m’a remercié d’un sourire.

 

Croyez-moi, toutes choses, objet, pierre du chemin,  animal, vaut la peine d’être regardé, compris et respecté. »

 

Je vous laisse sans rien rajouter, je m’éclipse sans bruit, en vous chuchotant…

A très bientôt les zamis !!

Publicités