Lors d’une réunion, et afin d’imager l’éloignement de la ferme de Jean-Pierre, quelqu’un ou quelqu’une (hum ! honte sur cette personne sans vergogne !…) a traité le lieu de sa ferme de « trou du c… du monde »… Ma !! Qu’est-ce qu’elle est allée dire !!

Pas plus tôt notre réunion terminée, mon ami !! Jean-Pierre, (enfin, je n’y étais plus, mais j’imagine aisément la scène !), s’est précipité sur son cahier, son stylo, a réglé la lumière, et pfft !! En avant sa riposte,  sa prose enlevée, enfiévrée, en avant sa diatribe, telle une guêpe furieuse pique rageusement une main inconsciemment attirée par une figue bien mûre, insolemment offerte aux rayons chaleureux d’un sol… oui, bon vous avez compris.

Donc, Jean-Pierre s’est fait un devoir de donner la parole au hameau de sa ferme, à la terre qui l’a vu naître, pour lui rendre justice…

Je vous livre avec joie son texte :

LAVOL

« Qui connaît ce petit hameau ? Peu de monde sans doute. Il est ignoré du calendrier des postes et des cartes géographiques !

Je pourrais dire, en égoïste, que c’est très bien ainsi pour ceux qui ont la chance d’y vivre et ceux qui le connaissent…

On a encore la chance d’y respirer un air à peu près pur. Un air qui, au printemps, sent la bonne odeur des genêts en fleurs et des milliers de plantes qui hantent nos collines environnantes. Plus tard, ce sont les tilleuls où bourdonnent des milliers d’abeilles, puis la lavande, les odeurs d’herbes séchées par le soleil qui embaument l’air. Puis vient l’automne qui nous ennivre avec d’autres parfums comme la vendange fraîche.

Je plains sincèrement ceux qui ne connaissent pas ce petit coin de paradis ! Certains jaloux, sans aucun doute, appellent cet endroit merveilleux « Le trou du c… du monde »… Un cul de sac, sans doute ! Un cul, certes, mais tout le monde voudrait en avoir un qui sente aussi bon !

Certains s’imaginent de le faire connaître pour soi disant le faire vivre… Ont-ils raison ? Oui, peut-être, car quand on aime, on voudrait faire partager son bonheur avec les autres. Mais ne dit-on pas que pour vivre heureux, il faut vivre cacher ? Curieux dilemme. Faut-il ou ne faut-il pas ? Combien de fois dans une vie se pose-t-on cette question ? Et comment résoudre ces problèmes ? Pourtant, des réponses à ces questions dépendent souvent notre vie et notre avenir. Bien sûr, nous répondons ce que nous croyons être mieux pour nous. Quelquefois, nous avons deviné, mais d’autre fois…

Si par quelque hasard, vous avez l’occasion de venir à Lavol, perdez un peu du temps que vous avez à vivre pour visiter ce hameau qui a l’air de vivre hors du temps. Vous ne le regretterez sûrement pas.

Ne croyez pas que la vie se soit arrêtée au siècle dernier, et pas plus qu’à celui d’avant. Si vous savez regarder, écouter, vous entendrez ces vieilles pierres vous raconter la vie de ce hameau au cours des siècles passés.

Elles vous parleront des souffrances, des espérances, des joies de ceux qui nous ont précédés dans ces lieux. Elles vous raconteront la « Fête des genêts » avec son corso fleuri, elles vous parleront de nos jolies grands-mères, avant que les soucis et les années détruisent leur beauté. Elles vous parleront du rude travail des paysans qui se sont abimés la santé pour payer des impôts aux nobles et aux riches et vous laisser quelques miettes que vous vous croyez obligés de respecter.

Mais les nouveaux nobles se feront un plaisir de se « goinfrer » dès que vous ne serez plus là pour les défendre !

C’est vrai que je suis isolé mais c’est peut-être ce qui m’a permis de résister aux outrages des siècles.

Sachez aussi que moi, LAVOL, je remercie tous ces gens qui sont tombés amoureux de moi et qui usent leurs forces, dépensent leur argent pour que je puisse continuer à vivre et à vous raconter mon histoire. Vous comprendrez, peut-être mieux, que malgré que je sois tout petit, quelques « fadas » puissent tomber amoureux de moi. »

 

Ah ! Je l’imagine notre Jean-Pierre, le sourire satisfait aux lèvres, reposant son stylo, s’adossant à sa chaise, heureux, le devoir accompli. Il pouvait à présent monter se coucher et dormir d’un sommeil tranquille…

Une citation de Tacite, étudiée au lycée, me revient en mémoire : « L’éloignement augmente le prestige ». Me rachètera-t-elle de mon « trou du c… du monde » ? Car, oui, je l’avoue, je suis l’imprudente, l’insconsciente, qui lors de notre réunion, a taclé notre cher Lavol… Mea culpa, Jean-Pierre !

A très bientôt, les zamis !

Mariejo Goulard

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